Proserpine (Persefonh)

        

L'enlèvement de Proserpine par Pluton

Dans le partage du monde, Pluton avait obtenu les Enfers, royaume des morts. Son char était attelé de quatre chevaux fringants et plus noirs que l'ébène. Il possédait un gardien sûr et fidèle, un incorruptible chien à trois tête du nom de Cérbère. A cause de la tristesse de son empire, aucune déesse ne consentait à partager sa couronne. C'est pourquoi il résolut d'enlever Proserpine. Ce jour-là, Pluton donne l'ordre d'atteler son quadrige et se rend dans les campagnes de Sicile où folâtrent de délicieuses nymphes. Elles s'en font des couronnes, des ceintures; elles garnissent leurs robes de crocus, de glaïeuls, de jacinthes. Il s'arrête et s'approche d'elles. Les nymphes épouvantées gagnent les bois voisins dans une fuite éperdue et disparaissent sous les arbres. Une seule, la plus belle, s'était écartée de ses compagnes. Elle allait cueillir un narcisse quand elle se sentie saisie et emportée; pour défense, elle n'avait, hélas! que ses larmes et ses gémissements. Elle finit par s'évanouir dans les bras de son lâche ravisseur. En reprenant ses sens, elle comprit avec effroi, qu'elle, Proserpine, la fille préférée de Cérès, était devenue l'épouse de Pluton et souveraine du royaume des morts! Cependant ses cris avaient été perçus par sa mère, sa mère qu'elle n'avait jamais quittée, sa mère qu'elle adorait. Cérès demande à tous et à chacun ce qu'est devenue sa fille chérie. Où est-elle? Que s'est-il passer? Personne n'a rien vu. Elle allume en vain des flambeaux sur le mont Etna pour chercher son enfant nuit et jour. Par bonheur, sur son chemin, une douce source, Aréthuse, bien que silencieuse, n'est pas aveugle. Elle a vu passer le terrible char aux quatre chevaux d'ébène. Elle l'a vu conduit par Pluton, enlaçant une vierge évanouie. Ils se sont engagés dans la sombre demeure. Cérès éplorée va se jeter aux pieds de son frère, le tout puissant Jupiter et lui réclame sa fille. Celui-ci l'écoute avec intérêt et bienveillance, et lui propose une transaction. Proserpine passera la moitié de l'année avec sa mère et l'autre moitié avec son mari.

Référence littéraire

Ov., M., V, 393 :

Quo dum Proserpina luco
ludit et aut violas aut candida lilia carpit,
dumque puellari studio calathosque sinumque
inplet et aequales certat superare legendo,
paene simul visa est dilectaque raptaque Diti:
usque adeo est properatus amor
dea territa maesto et matrem et comites,
sed matrem saepius, ore clamat.
et ut summa vestem laniarat ab ora,
collecti flores tunicis cecidere remissis.
tantaque simplicitas puerilibus affuit annis:
haec quoque virgineum movit iactura dolorem.
raptor agit currus et nomine quemque
vocando exhortatur equos, quorum per colla
iubasque excutit obscura tinctas ferrugine habenas.

Tandis que, dans ce bois joue Proserpine, qu'elle y cueille des
violettes ou des lis blancs, tandis que, avec tout le zèle d'une jeune
fille, elle en emplit des corbeilles et les plis de sa robe, qu'elle
s'efforce de l'emporter sur ses compagnes dans sa cueillette,
presque en un même elle fut aperçue, aimée et enlevée par Pluton;
telle est la promptitude de l'amour. la déesse, effrayée, appelle avec des cris désespérés sa mères et ses compagnes, mais plus souvent sa
mère, et comme elle avait déchiré sa robe depuis le col, les fleurs
cueilliestombèrent de sa tunique dénouée.Et, si grande était l'ingénuité de ses années enfantines, que cette perte aussi chagrina son âme virginale. Le ravisseur pousse son char, excite ses chevaux qu'il interpelle chacun par son nom; sur leurs cous et leurs crinières, il secoue les rênes teintent de sombre rouille.

Sources


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Maryline Chenal, 15.04.02