Océan (OkeanoV)

       

Océan, Musée de Sousse (Tunisie) début du IIe siècle
La tête du dieu apparaît au fond d'une mer poissonneuse. La chevelure est hérissée de pattes de crustacés et d'algues.
Des filets d'eau sortent de ses yeux et de ses lèvres. L'artiste y a disposé une harmonieuse gamme de verts et de roses.

Pour les anciens, l'Océan est la personification de l'eau, c'est un fleuve immense qui entoure le monde terrestre (qui a la forme d'un disque); l'Océan borne ainsi les pays fabuleux des confins de la terre, où vivent les noirs Ethiopiens, les minuscules Pygmées et les Cimmériens privés du soleil.
Mais, à mesure que la connaissance de la terre devenait plus précise, cette conception varia, et le nom d'Océan fut réservé à l'Océan Atlantique, la limite occidentale du monde antique. Dans la mythologie, c'est le premier dieu des eaux, fils d'Ouranos (le Ciel) et de Gaïa (la Terre); Océan est l'aîné des Titans, il est à l'origine de tout, même des dieux et il ne doit pas être confondu avec Pontos qui est le dieu Mer.
Uni à sa soeur Téthys, Océan a engendré trois mille fils, les fleuves, et trois mille filles, les Océanides, nymphes des eaux. Parmi les fleuves, on peut citer par exemple: le Nil, le Simoïs, l'Alphée, le Phase, le Scamandre, etc. Les nymphes quant à elles s'unirent avec un grand nombre de dieux, et parfois de mortels, pour donner naissance à de nombreux enfants. Elles personifient les ruisseaux, les sources, etc. On peut citer à titre d'exemple: le Styx (qui est l'aînée), Calypso, Dioné, Mélobosis, Métis, etc.
On lui offrait habituellement en sacrifice de grandes victimes, et, avant les expéditions difficiles, on lui faisait des libations (action de répandre un liquide (vin, lait, huile) en l'honneur d'une divinité). Il n'était pas seulement vénéré par les hommes, mais encore par les dieux.

Selon Homère, les dieux allaient souvent en Ethiopie visiter l'Océan et prendre part aux fêtes et aux sacrifices qu'on y célébrait; de plus, à en croire ses récits, au delà du fleuve s'étend le séjour des morts.
Dans d'autres récits, on raconte que Junon, dès sa naissance, fut confiée par Rhéa, sa mère, aux soins d'Océan et de son épouse Téthys, afin de la dérober à la cruelle voracité de Saturne. Ils s'occupèrent aussi de l'enfance d'Héra, qu'ils recueillirent dans leur palais, érigé à l'occident du monde.

Océan est donc vieux comme le monde, c'est pourquoi on le représente sous la forme d'un vieillard assis sur les ondes de la mer, avec un pique à la main et un monstre marin près de lui. Ce vieillard tient une urne et verse de l'eau, symbole de la mer, des fleuves et des fontaines.

 

Références littéraires

Ov., M., XIII, 944-955 :

Vix combiberant ignotos guttura sucos,
Cum subito trepidare intus praecordia sensi
Alteriusque rapi naturae pectus amore.
Nec potui restare diu ; " repetenda " que "numquam
Terra, uale ; " dixi corpusque sub aequora mersi.
Di maris exceptum socio dignantur honore,
Vtque mihi quaecumque feram mortalia, demant,
Oceanum Tethynque rogant ; ego lustror ab illis
Et, purgante nefas nouies mihi carmine dicto,
Pectora fluminibus iubeor supponere centum.
Nec mora, diuersis lapsi de partibus amnes
Totaque uertuntur supra caput aequora nostrum.

A peine leurs sucs inconnus ont-ils pénétré dans ma gorge que je sens tout à coup mon cœur bondir dans ma poitrine et céder à l'attrait d'un autre élément. Je ne puis y résister longtemps : " O terre, m'écrié-je, jamais plus je ne reviendrai vers toi ; adieu ! " Et je me précipite sous les eaux. Les dieux de la mer, m'ayant accueilli, daignent m'associer à leur pouvoir ; ils prirent l'Océan et Tethys de faire disparaître ce qu'il y avait en moi de mortel ; ceux-ci me purifient, ils prononcent neuf fois une formule sacrée qui me débarrasse de toute souillure et m'ordonnent de plonger mon corps dans une centaine de fleuves. Aussitôt des fleuves des pays les plus divers roulent la masse de leurs eaux au-dessus de ma tête.

Virg., G., IV, 380-387 :

Et mater : " Cape Maeonii carchesia Bacchi ;
Oceano libemus ", ait. Simul ipsa precatur
Oceanumque patrem rerum Nymphasque sorores,
centum quae siluas, centum quae flumina seruant.
Ter liquido ardentem perfudit nectare Vestam,
ter flamma ad summum tecti subiecta reluxit.
Omine quo firmans animum.

Alors sa mère : " Prends, dit-elle, prends, mon fils, ces coupes pleines de Bacchus de Méonie : faisons une prière à l'Océan, père de toutes choses, etaux Nymphes sœurs, protctrices de cent forêts, protectrices de cent fleuves. Trois fois elle arrosa la foyer du liquide nectar, trois fois la flamme s'élance jusqu'au sommet de la voûte et y brille de tout son éclat. Rassurant par ce présage le cœur de son fils.

Ov., M., II, 507 :

 

Livre momentanément pas disponible pour la traduction latine.

 

Junon fut outrée de colère quand parmi les astres, resplendit l'éclat de sa rivale. Elle descendit rejoindre dans la mer la blanche Téthys et vieil Océan, auxquels les dieux ont souvent témoigné un respect ému.[…]

(Elle exposa sa fureur)

Vous, du moins, si vous touche le mépris où l'on tient votre fille adoptive offensée, interdisez le gouffre céruléen aux Sept Trions, et cet astre accueilli dans le ciel pour le prix de l'adultère, chassez-le, afin qu'une créature coupable ne se baigne pas dans vos ondes pures.

Sources


Retour à l'index

Tania Christen, 13.06.02