Cérès (Demethr)

Cérès (Déméter)

Cérès, déesse du blé, fille de Saturne et de Rhéa, et le dieu du vin Bacchus, étaient les divinités suprêmes de la terre; les mythologies grecque et romaine leur donnaient à l'un comme à l'autre une grande importance. Cérès avait une fille unique, Proserpine (en grec Perséphone), qui fut enlevée par Pluton, le dieu des Enfers, qui l'emmena dans son empire. Cérès rechercha sa fille, et seul le soleil voulut lui dire la vérité: Proserpine se trouvait dans le monde souterrain, parmi les ombres des morts. Cérès, inconsolable, vint s'établir sur la terre, déguisée pour ne pas être reconnue par les mortels. Elle parvint à Eleusis et fut invitée par Métanire, mère d'un jeune fils, Démophoon. La déesse fut bien accueillie, et elle s'occupa de l'enfant, qui grandit comme un jeune dieu, car tous les jours Cérès l'oignait d'ambroisie et la nuit, elle le déposait dans le feu pour lui assurer une jeunesse éternelle. La mère surprit une nuit la déesse déposant son fils dans le feu, et cria d'épouvante. Cérès se fâcha, jeta l'enfant sur le sol et manifesta sa divinité. Pour regagner sa faveur, il fallait construire un temple en son honneur dans la ville, et, lorsque ce temple fut achevé, Cérès y élut domicile, toujours aussi triste de la perte de sa fille. Sur toute la terre cette année-là fut terrible et cruelle : aucune semence ne germa. Jupiter s'aperçut qu'il fallait prendre l'affaire en main et que Pluton devait céder. Il envoya alors Mercure dans l'empire souterrain. Pluton céda mais fit manger à Proserpine un grain de grenade, sachant bien qu'elle serait alors forcée de revenir. Celle-ci retrouva sa mère, qui fit reverdir les champs. Mais Proserpine fut obligée de redescendre dans le monde des morts quatre mois par année, durant lesquels rien ne germe à cause de la tristesse de Cérès: c'est l'hiver.

 

Références littéraires

Ov. M. 5, 341 : début d'un chant de Calliope, muse de l'éloquence

Prima Ceres unco glaebam dimouit aratro,
Prima dedit fruges alimentaque mitia terris,
Prima dedit leges; Cereris sunt omnia munus;
Illa canenda mihi est; utinam modo dicere possim
Carmina digna dea ! certe dea carmine digna est.

La première, Cérès a ouvert la glèbe avec le soc recourbé; la première, elle a donné aux habitants de la terre le blé et les aliments adoucis par la culture; la première, elle leur a donné des lois; c'est à Cérès que nous devons tout; c'est elle qu'il me faut chanter; puissent mes chants être dignes de la déesse ! la déesse du moins est digne de mes chants.

Ov. M. 5, 514. : Cérès va parler à Jupiter au sujet de sa fille enlevée

" Pro " que " meo ueni supplex tibi, Iuppiter, " inquit
" Sanguine proque tuo. Si nulla est gratia matris,
Nata patrem moueat; neu sit tibi cura, precamur,
Vilior illius, quod nostro est edita partu.
En quaesita diu tandem mihi nata reperta est,
Scire, ubi sit, reperire uocas. Quod rapta, feremus,
Dummodo reddat eam; neque enim praedone marito
Filia digna tua est, si iam mea filia non est."
Iuppiter excepit : " Commune est pignus onusque
Nata mihi tecum; sed si modo nomina rebus
Addere uera placet, non hoc iniuria factum,
Verum amor est; neque erit nobis gener ille pudori,
Tu modo, diua, uelis. Vt desint cetera, quantum est
Esse Iouis fratrem ! quid quod non cetera desunt
Nec cedit nisi sorte mihi ? Sed tanta cupido
Si tibi discidii est, repetet Proserpina caelum,
Lege tamen certa, si nullos contigit illic
Ore cibos; nam sic Parcarum foedere cautum est."

" C'est pour mon sang, Jupiter, s'écrie-t-elle, que je suis venue te supplier; c'est aussi pour le tien. Si la mère est sans pouvoir sur toi, que la fille touche le coeur de son père; ne dédaigne pas, je t'en conjure, de t'intéresser à elle parce qu'elle me doit le jour. Voici qu'après l'avoir longtemps cherchée, j'ai enfin retrouvé ma fille, si tu peux dire que je l'ai retrouvée, quand je suis plus certaine de la perdre, ou si tu peux dire que je l'ai retrouvée, quand je sais où elle est. Qu'elle ait été enlevée, je le pardonnerai, pourvu qu'il la rende; car ta fille ne doit pas avoir un brigand pour mari, si maintenant ta fille n'est plus la mienne. " Jupiter lui répond : " Ta fille est pour moi, comme pour toi, le gage commun de notre tendresse et nous en avons tous deux la charge; mais, si tu veux bien donner aux choses leur véritable nom, cette aventure n'est point un outrage, mais un effet de l'amour; nous n'aurons pas à rougir d'un tel gendre, si tu lui accordes, ô déesse, ton consentement. Quand il n'aurait point d'autres titres, quelle gloire n'est-ce pas pour lui d'être le frère de Jupiter ! Que dis-je ? Il ne manque même pas d'autres titres; je n'ai le pas sur lui que parce que le sort l'a voulu. Cependant, si tu as si fort à coeur de les séparer, Proserpine reviendra dans les cieux, mais à une condition formelle : c'est que là-bas ses lèvres n'aient touché à aucun aliment; ainsi en a décidé un arrêt des Parques. "

Sources


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Aurélie Bédat, 20.11.02