Arachné (Aracnh)

Arachné

Arachné est une jeune fille de Lydie, dont le père, Idmon de Colophon, était un teinturier. La jeune Arachné s'était acquis une grande réputation dans l'art de tisser et de broder. Les tapisseries qu'elle dessinait étaient si belles que les Nymphes de la campagne environnante venaient les contempler. Son habileté lui valait la réputation d'avoir été l'élève de Minerve (Pallas) , la déesse des fileuses et des brodeuses. Mais Arachné ne voulait devoir qu'à elle seule son talent. Elle défia la déesse, qui releva le défit, et lui apparut sous les traits d'une vieille femme. D'abord, Minerve se contenta de l'avertir, et de lui conseiller plus de modestie. Sans cela, dit-elle, qu'elle craigne la colère de la déesse. Arachné ne répondit que par des insultes. Alors, la déesse se dévoila, et le concours commença. Minerve représenta sur la tapisserie les douze dieux de l'olympe, dans toute leur majesté. Et, pour avertir sa rivale, elle ajouta, aux quatre coins, la représentation de quatre épisodes montrant la défaite de mortels qui avaient osé défier les dieux. Arachné dessina sur son travail les amours des dieux, celles qui ne leur font pas honneur: Jupiter et Europe, Jupiter et Danaé, etc. Son travail est parfait, mais Minerve, de colère, le déchire, et frappe la rivale avec la navette. Sous l'outrage, Arachné se désespère et se pend. Minerve ne lui permet pas de mourir, et la transforme en araignée, qui continue à filer et à tisser au bout de son fil.
(Cette histoire n'est contée que par le poète latin Ovide. C'est pourquoi leurs noms latins sont donnés aux dieux) . Le sort de cette jeune fille fournit un nouvel exemple du danger de se proclamer en quelque domaine que ce soit l'égal des dieux. Minerve était la tisseuse de l'Olympe comme Vulcain en était le forgeron. Comme de raison, elle estimait ses oeuvres incomparables tant par leur finesse que par leur beauté, et elle fut ulcérée d'apprendre qu'une simple petite paysanne nommée Arachné jugeait son propre travail meilleur encore. La déesse se rendit à la chaumière qu'habitait la jeune fille et lui porta un défit qu'Arachné accepta. Elles s'installèrent donc l'une et l'autre devant leur métier et lancèrent le fil de chaîne. Puis elles se mirent à l'ouvrage. Des écheveaux de soie de toutes couleurs s'amoncelaient à côté de chacune d'elles ainsi que des fils d'or et d'argent. Minerve fit de son mieux et réussit une merveille mais l'oeuvre d'Arachné, terminée au même instant, ne le lui cédait en aucune façon. Emportée par la colère, la déesse fendit la toile du haut en bas avec sa navette, puis elle en frappa la tête de la jeune fille. Arachné humiliée, mortifiée et ulcérée, se pendit. Alors le coeur de Minerve connut une ombre de repentir. Elle dégagea le corps du noeud coulant et l'aspergea d'un liquide magique. Arachné fut métamorphosée en araignée et elle garda toute son adresse à tisser.
Certains mytographes modernes ont émis l'hypothèse que cette légende se rapporterait à quelque rivalité entre le commerce des tissus athéniens et celui des articles textiles provenus de Lydie.

Références littéraires

Ov. , M. , 6, 1-17

Praebuerat dictis Tritonia talibus aures
Carminaque Aonidum iustamque probauerat iram.
Tum secum: «Laudare parum est; laudemur et ipsae,
Numina nec sperni sine poena nostra sinamus. »
Maeoniaeque animum fatis intendit Arachnes,
Quam sibi lanificae non cedere laudibus artis
Audierat. Non illa loco nec origine gentis
Clara sed arte fuit; pater huic Colophonius Idmon
Phocaico bibulas tingebat murice lanas;
Occiderat mater, sed et haec de plebe suoque
Aequa viro fuerat. Lydas tamen illa per urbes
Quaesierat studio nomen memorabile, quamuis
Orta domo parua paruis habitabat Hypaepis.
Huius ut aspicerent opus admirabile saepe
Deseruere sui nymphae uineta Timoli,
Deseruere suas nymphae Pactolides undas.

La déesse du Triton avait prêté
l'oreille à ce récit; elle avait applaudi
au chant des Aonides et à leur juste
courroux. Alors elle se dit: «C'est peu de louer; méritons
d'être louée aussi; ne permettons pas qu'on méprise
impunément notre divinité. » Et elle songe à perdre la
Méonienne Arachné, qui, lui avait-on dit, prétendait
l'égaler dans l'art de tisser la laine. Celle-ci n'était célèbre
ni par son rang ni par ses origines, elle ne l'était que par
son art; son père, Idmon de Colophon, teignait avec la
pourpre de Phocée la laine spongieuse; sa mère était
morte, mais, sortie aussi du peuple, elle était née dans la
même condition que son mari. Cependant Arachné
s'était fait par son industrie un nom fameux dans les
villes de Lydie, quoique, issue d'une humble famille, elle
habitât l'humble Hypaepa. Pour contempler ses ouvrages
admirables, souvent les nymphes du Timolus désertèrent
leurs vignobles, les nymphes du Pactole désertèrent leurs
eaux.

Ov. , M. , 6, 20-29

Omnibus his faciemque suam faciemque locorum
Reddidit; est illic agrestis imagine Phoebus,
Utque modo accipitris pennas, modo terga leonis
Gesserit, ut pastor Macareida luserit Issen,
Liber ut Erigonen falsa deceperit uva,
Ut Saturnus equo geminum Chirona crearit.
Ultima pars telae, tenui circumdata limbo,
Nexilibus flores hederis habet intertextos.

A tous les personnages,
à tous les lieux Arachné donne l'aspect qui leur convient;
on voit Phébus sous le costume d'un paysan, puis revêtu
tantôt des plumes de l'épervier, tantôt de la peau du lion
et, sous les traits d'un berger, séduisant Issé, fille de
Macarée; Liber abuse Erigone sous la trompeuse appa-
rence d'une grappe de raisin; Saturne, devenu cheval,
engendre Chiron à la double nature. Les extrémités du
tissu sont remplies tout autour par une bordure légère,
où des fleurs se mêlent à des rameaux de lierre entrelacés.

Sources


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Coriandre Richard, 17 06 2002