Tibère

Tiberius Julius Caesar est né à Rome le 16 novembre vers 42 av. J.-C. Il était le fils de Tiberius Claudius Nero et de Livia Drusilla, plus tard il fut le fils adoptif d'Auguste (sa mère l'avait épousé après son divorce). Il épouse Vipsania Agrippina. De ce mariage harmonieux naît un fils, Drusus, qui mourra en 23 ap. J.-C. En 11 av. J.-C., il épouse Julie sur ordre d'Auguste, il doit pour cela divorcer de sa tendre Vipsania. Tibère fut le second empereur romain de 14 à 37 ap.J.-C.(les 2 petits-fils d'Auguste, Lucius et Caius, étant morts en bas-âge.)

Après s'être illustré dans des campagnes victorieuses contre les Germains, qu'il soumit jusqu'au Danube, puis jusqu'à l'Elbe, il fut désigné par Auguste comme son successeur et gouverna dans le même esprit que son père adoptif. Il ramena cependant la frontière de l'Empire sur le Rhin et n'accorda plus la même importance aux formes qui subsistaient de la vieille constitution républicaine.

Il gouverna pacifiquement et s'occupa tout particulièrement des finances, de la justice et de l'administration des provinces. Tibère mata cependant de terribles insurrections en Pannonie et en Dalmatie, et sécurisa la frontière. Il se vengea aussi des Germains en 9, qui avaient anéanti l'armée du général romain Varus dans la forêt de Teutoburg en 9.
Entre 6 av. J.-C. et 2 ap. J.-C., il vécut sur l'île de Rhodes, où il désirait se reposer et se consacrer à l'étude.
Homme de devoir, il était misanthrope et devint de plus en plus soupçonneux après la trahison de son favori, Séjan, qu'il avait laissé à Rome, préfet de la garde prétorienne: ce dernier avait assassiné Drusus, le fils de Tibère, pour s'emparer du pouvoir impérial. Mais il fut démasqué et exécuté. A partir de 26 ap. J.-C., Tibère vécut dans la solitude à Capri, continuant d'administrer l'empire ayant un grand nombre de complots, qu'il déjouait par la terreur.
Il mourut le 16 mars 37, à Misène près de Naples, lors d'un de ses rares déplacements sur le continent. On raconte qu'il avait été assassiné par le préfet de la garde prétorienne, Macron, sans doute sur l'ordre de Caligula.

Références littéraires

Suet Tib. 6 :

Suétone nous explique l'enfance de Tibère.   

Infantiam pueritiamque habuit laboriosam et exercitatam, comes usque quaque parentum fugae; quos quidem apud Neapolim sub inruptionem hostis nauigium clam petentis uagitu suo paene bis prodidit, semel cum a nutricis ubere, iterum cum a sinu matris raptim auferretur ab iis, qui pro necessitate temporis mulierculas leuare onere temptabant.Per Siciliam quoque et per Achaiam circumductus ac Lacedaemoniis publice, quod in tutela Claudiorum erant, demandatus, digrediens inde itinere nocturno discrimen uitae adiit flamma repente e siluis undique exorta adeoque omnem comitatum circumplexa, ut Liuiae pars uestis et capilli amburerentur.

Il fut exposé, dès ses premiers ans, à beaucoup de fatigues et de dangers. Il accompagna partout ses parents dans leur fuite. À Naples, tandis qu'ils s'embarquaient secrètement à l'approche de l'ennemi, il faillit deux fois les trahir par ses cris, d'abord quand on l'enleva du sein de sa nourrice, puis quand on l'arracha des bras de sa mère, que, dans ce moment critique, on voulait soulager d'un tel fardeau. Porté en Sicile et en Achaïe, il fut confié aux Lacédémoniens qui étaient sous la protection des Claudii. La nuit, en s'éloignant, il risqua de périr dans une forêt qui s'embrasa si subitement autour de lui et de toute sa suite, que le feu prit aux vêtements et aux cheveux de Livie.

Suet. Tib. 9 :

Suétone décrit ses campagnes militaires et ses dignités.  

Exin Raeticum Vindelicumque bellum, inde Pannonicum, inde Germanicum gessit. Raetico atque Vindelico gentis Alpinas, Pannonico Breucos et Dalmatas subegit, Germanico quadraginta milia dediticiorum traiecit in Galliam iuxtaque ripam Rheni sedibus adsignatis conlocauit. Magistratus et maturius incohauit et paene iunctim percucurrit, quaesturam praeturam consulatum; interpositoque tempore consul iterum etiam tribuniciam potestatem in quinquennium accepit.

Il fit les guerres de Rhétie, de Vindélicie, de Pannonie et de Germanie. Dans celle de Rhétie et de Vindélicie, il soumit les peuples des Alpes; dans celle de Pannonie, les Breuces et les Dalmates; dans celle de Germanie, il transplanta dans les Gaules quarante mille hommes qui s'étaient rendus à discrétion, et leur assigna des demeures sur les bords du Rhin. Ces exploits lui valurent les honneurs de l'ovation, et, suivant quelques historiens, il fut le premier qui entra dans Rome porté sur un char avec les ornements du triomphe, honneur nouveau qui n'avait encore été accordé à personne.

Suet. Tib. 28 :

Suétone nous explique son insensibilité face à des propos injurieux à son égard.

Sed et aduersus conuicia malosque rumores et famosa de se ac suis carmina firmus ac patiens subinde iactabat in ciuitate libera linguam mentemque liberas esse debere; et quondam senatu cognitionem de eius modi criminibus ac reis flagitante: "Non tantum," inquit, "otii habemus, ut implicare nos pluribus negotiis debeamus; si hanc fenestram aperueritis, nihil aliud agi sinetis: omnium inimicitiae hoc praetexto ad uos deferentur". Extat et sermo eius in senatu perciuilis: "Siquidem locutus aliter fuerit, dabo operam ut rationem factorum meorum dictorumque reddam; si perseuerauerit, in uicem eum odero".

Insensible aux propos injurieux, aux mauvais bruits et aux vers diffamatoires répandus contre lui et contre les siens, il disait souvent que, dans un état libre, la langue et l'esprit devaient être libres. Le sénat demandait un jour qu'on informât sur cette espèce de crime, et qu'on poursuivît les coupables: "Nous n'avons pas assez de loisir, répondit-il, pour nous embarrasser d'un plus grand nombre d'affaires. Si vous ouvrez cette porte, vous ne nous laisserez plus le temps de faire autre chose, et, sous ce prétexte, toutes les inimitiés particulières nous seront déférées". On a retenu encore de lui ces paroles pleines de modération: "Si quelqu'un dit du mal de moi, je tâcherai de lui expliquer mes paroles et mes actions. S'il persiste, je le haïrai à mon tour".

Suet. Tib. 33 :

Suétone nous décrit son zèle pour la justice. 

Paulatim principem exeruit praestititque etsi uarium diu, commodiorem tamen saepius et ad utilitates publicas proniorem.

Ac primo eatenus interueniebat, ne quid perperam fieret. Itaque et constitutiones senatus quasdam rescidit et magistratibus pro tribunali cognoscentibus plerumque se offerebat consiliarium assidebatque iuxtim uel exaduersum in parte primori; et si quem reorum elabi gratia rumor esset, subitus aderat iudicesque aut e plano aut e quaesitoris tribunali legum et religionis et noxae, de qua cognoscerent, admonebat; atque etiam, si qua in publicis moribus desidia aut mala consuetudine labarent, corrigenda suscepit.

 

Peu à peu, laissant tomber le masque, il joua le rôle d'empereur, toujours capricieux sans doute, mais en général facile et disposé à bien servir l'État.

Il n'intervint d'abord que pour empêcher les abus. C'est ainsi qu'il cassa quelques décrets du sénat, et que souvent il s'offrait pour conseil aux magistrats, s'asseyant à côté d'eux dans leur tribunal ou se plaçant vis-à-vis d'eux au premier rang. S'il apprenait qu'on voulût employer la faveur pour sauver un coupable, il apparaissait tout à coup, et, soit de sa place, soit du tribunal de l'instructeur, il rappelait aux juges les lois, leur caractère sacré et le délit dont ils devaient connaître. Partout où il voyait la négligence ou une mauvaise habitude influer sur les moeurs publiques, il y portait remède

Suet. Tib. 46 :

Suétone nous explique l'avarice de Tibère.

Pecuniae parcus ac tenax comites peregrinationum expeditionumque numquam salario, cibariis tantum sustentauit, una modo liberalitate ex indulgentia uitrici prosecutus, cum tribus classibus factis pro dignitate cuiusque, primae sescenta sestertia, secundae quadringenta distribuit, ducenta tertiae, quam non amicorum sed Graecorum appellabat.

Chiche et avare, jamais il ne donnait de salaire à ceux qui l'accompagnaient dans ses voyages ou dans ses expéditions; il se bornait à leur distribuer des vivres. Il ne fit qu'une seule libéralité en sa vie, encore ce fut aux dépens de son beau-père. Il partagea toute sa suite en trois classes, selon le rang, et donna à la première six cent mille sesterces, à la seconde quatre cents, et deux cents à la troisième, qu'il appelait non des amis, mais des Grecs.

Suet. Tib. 73 :

Sa mort.

Interim cum in actis senatus legisset dimissos ac ne auditos quidem quosdam reos, de quibus strictim et nihil aliud quam nominatos ab indice scripserat, pro contempto se habitum fremens repetere Capreas quoquo modo destinauit, non temere quicquam nisi ex tuto ausurus.Sed tempestatibus et ingrauescente ui morbi retentus paulo post obiit in uilla Lucullana octauo et septuagesimo aetatis anno, tertio et uicesimo imperii, XVII. Kal. Ap. Cn. Acerronio Proculo C. Pontio Nigrino conss.Sunt qui putent uenenum ei a Gaio datum lentum atque tabificum; alii, in remissione fortuitae febris cibum desideranti negatum; nonnulli, puluinum iniectum, cum extractum sibi deficienti anulum mox resipiscens requisisset. Seneca eum scribit intellecta defectione exemptum anulum quasi alicui traditurum parumper tenuisse, dein rursus aptasse digito et compressa sinistra manu iacuisse diu immobilem; subito uocatis ministris ac nemine respondente consurrexisse nec procul a lectulo deficientibus uiribus concidisse.

Cependant, ayant lu dans les actes du sénat qu'on avait renvoyé, même sans les entendre, plusieurs accusés au sujet desquels il avait écrit à la hâte qu'ils étaient désignés par un dénonciateur, il frémit à la pensée qu'on le méprisait, et résolut à tout prix de regagner Caprée, n'osant rien hasarder que dans un lieu sûr. Mais, retenu par les tempêtes et par le progrès du mal, il s'arrêta dans la villa de Lucullus, et y mourut peu de temps après dans la soixante-dix-huitième année de son âge, et la vingt-troisième de son règne, le dix-septième jour avant les calendes d'avril, sous le consulat de Cnéius Acerronius Proculus et de Caius Pontius Nigrinus. Quelques-uns croient que Gaius lui avait donné un poison lent et subtil; d'autres, que, dans un moment où la fièvre l'avait quitté, on lui avait refusé des aliments; d'autres enfin, qu'on l'avait étouffé sous un coussin, tandis que, revenu à lui, il réclamait son anneau qu'on lui avait enlevé pendant sa défaillance. Sénèque a écrit que, sentant sa fin approcher, il avait ôté son anneau, comme pour le donner à quelqu'un, et qu'après l'avoir tenu quelques instants, il l'avait remis ensuite, et était resté longtemps immobile, la main gauche fermée; que tout à coup il avait appelé ses esclaves, et que, comme personne ne lui répondait, il s'était levé, mais que les forces venant à lui manquer, il était tombé mort auprès de son lit.

Suet. Tib.75 :

Joie à Rome. Imprécations contre sa mémoire.

Morte eius ita laetatus est populus, ut ad primum nuntium discurrentes pars: "Tiberium in Tiberim!" clamitarent, pars Terram matrem deosque Manes orarent, ne mortuo sedem ullam nisi inter impios darent, alii uncum et Gemonias cadaueri minarentur, exacerbati super memoriam pristinae crudelitatis etiam recenti atrocitate. Nam cum senatus consulto cautum esset, ut poena damnatorum in decimum semper diem differretur, forte accidit ut quorundam supplicii dies is esset, quo nuntiatum de Tiberio erat. Hos implorantis hominum fidem, quia absente adhuc Gaio nemo extabat qui adiri interpellarique posset, custodes, ne quid aduersus constitutum facerent, strangulauerunt abieceruntque in Gemonias.Creuit igitur inuidia, quasi etiam post mortem tyranni saeuitia permanente. Corpus ut moueri a Miseno coepit, conclamantibus plerisque Atellam potius deferendum et in amphitheatro semiustilandum, Romam per milites deportatum est crematumque publico funere.

À la première nouvelle de sa mort, la joie fut telle dans Rome, qu'on se mit à courir çà et là, les uns criant qu'il fallait jeter Tibère dans le Tibre, les autres suppliant la terre maternelle et les dieux mânes de ne lui accorder de place que parmi les impies; d'autres, exaspérés par une atrocité récente qui se joignait au souvenir de ses anciennes cruautés, le menaçaient du croc et des Gémonies. Un sénat avait statué que la peine des condamnés serait toujours différée jusqu'au dixième jour. Or il arriva que quelques-uns devaient être exécutés le jour même où l'on apprit la mort de Tibère. Ils demandaient leur grâce à tout le monde. Mais, comme il n'y avait personne à qui l'on pût s'adresser, Gaius étant encore absent, les gardiens, craignant de contrevenir aux ordres qu'ils avaient reçus, les étranglèrent et les jetèrent aux Gémonies. La haine redoubla, comme si la barbarie du tyran se faisait encore sentir après sa mort. Lorsqu'on enleva son corps de Misène, beaucoup de personnes crièrent qu'il fallait le transporter et le brûler dans l'amphithéâtre d'Atella. Mais des soldats le portèrent à Rome, où on le brûla au cours de funérailles publiques.

Sources


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Céline Brunod, 4.12.02