Domitien

 

Statue contemporaine de l'empereur Domitien

Titus Flavius Domitianus, dit Domitien, fils cadet de Vespasien et frère de Titus, est né en 51 ap.J.-C.. Il est reconnu empereur en 81 à la mort de son frère. Sa capacité à régner est indiscutable, mais il est orgueilleux, violent, jalousement autoritaire, et ces défauts augmentent avec l'exercice du pouvoir absolu, prenant de plus en plus le pas sur ses qualités. Il ne voulait plus être appelé princeps civium, le premier des citoyens, mais dominus, maître et dieu.
Il se lance dans une politique de conquêtes et fait de nombreuses campagnes en Bretagne et en Germanie. Il reforme l'administration romaine et relève Rome des ruines dues aux incendies de 64 et 80. Il développe aussi l'agriculture italienne (loi sur les terres abondonnées dès 82, édit protégeant la viticulture), il active différentes constructions (Forum de Vespasien, arc de Titus), il organise des jeux (jeux Capitolins en 86, jeux Séculaires en 87).
Populaire en Italie, il rencontre cependant à Rome une opposition sans merci. Il se met à dos les sénateurs qui lui reprochent son opposition à l'aristocratie, ses faveurs à l'armée et aux chevaliers, et bientôt sa cruauté et sa façon autoritaire de régner. En effet, sous la menace de cette opposition, Domitien devient impitoyable (exécutions, condamnations à l'exil, persécution). De plus en plus soupçonneux, Domitien s'attaque même à ses proches. Un complot est alors organisé contre lui, notamment par les préfets et sa femme Domitia. Domitien est poignardé le 18 septembre 96.
Le Sénat se vengera de Domitien après sa mort en proclamant la domitia memoriae (malédiction sur sa mémoire). Ainsi, officiellement, le nom de Domitien fut effacé de l'histoire. Ses statues furent détruites et on considéra les temples qu'ils avaient fait construire comme inaugurés par ses succeseurs.

Référence littéraire

Suétone ,Vita Domitiani, XXIII

Dans ce passage Suétone nous décrit les sentiments du peuple et des soldats à la mort de Domitien. Présages d'un heureux changement.

Occisum eum populus indifferenter, miles grauissime tulit statimque Diuum appellare conatus est, paratus et ulcisci, nisi duces defuissent; quod quidem paulo post fecit, expostulatis ad poenam pertinacissime caedis auctoribus. Contra senatus adeo laetatus est, ut repleta certatim curia non temperaret, quin mortuum contumeliosissimo atque acerbissimo adclamationum genere laceraret, scalas etiam inferri clipeosque et imagines eius coram detrahi et ibidem solo affligi iuberet, nouissime eradendos ubique titulos abolendamque omnes memoriam decerneret. Ante paucos quam occideretur menses cornix in Capitolino elocuta est: "Estai panta kalos", nec defuit qui ostentum sic interpretaretur: Nuper Tarpeio quae sedit culmine cornix,"est bene" non potuit dicere, dixit: "erit". Ipsum etiam Domitianum ferunt somniasse gibbam sibi pone ceruicem auream enatam, pro certoque habuisse beatiorem post se laetioremque portendi rei publicae statum, sicut sane breui euenit abstinentia et moderatione insequentium principum.

Sa mort fut accueillie avec indifférence par le peuple mais avec vive amertume par les soldats qui s'efforcèrent aussitôt de le faire proclamer Divin, et qui eussent été prêts à le venger s'ils n'eussent manqué d'agitateur à cet effet; peu après ils eurent gain de cause pour avoir réclamé avec énergie les auteurs du meurtre. En revanche le Sénat fit éclater sa joie de telle sorte que tous les sénateurs s'étant pressés à l'envi de remplir la curie, on ne se retint pas d'invectiver le mort par les huées du genre le plus infamant et le plus acerbe. On fit apporter des échelles pour arracher et précipiter ses écussons et ses bustes aux pieds de l'assemblée et les écraser au sol. Et l'on décréta que son nom fût effacé sur toutes les inscriptions en tous lieux, pour anéantir à jamais sa mémoire. Peu de mois avant son assasinat, une corneille avait criaillé au Capitole ces mots (en grec): Estaï pantà kalos (tout sera bien); et il se trouva un poète pour interpréter de la sorte ce présage: Récemment une corneille qui perchée au sommet de la roche Tarpéienne, «Tout est bien», ne pouvait dire, disait: tout sera. On rapporte que Domitien avait lui-même rêvé qu'une excroissance dorée lui avait poussé à la nuque et qu'il tenait ceci pour le signe certain de ce qu' après lui l'Etat allait connaître une situation plus heureuse et plus réjouissante. Comme il advint en effet, à quelque temps de là, grâce au désintéressement et à la modération des princes qui lui succédèrent.

Traduction de Pierre Klossowski

Sources


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Magali Dobler,7.01.2003